Hypothyroïdie & troubles digestifs

Être spécialisée dans les troubles digestifs ne veut pas dire que je me préoccupe uniquement du tube digestif.

La majorité des personnes que je reçois en consultations viennent avec le fameux diagnostic du « syndrome de l’intestin irritable » (ou colopathie fonctionnelle) donné par leur médecin.

Souvent, quelques tests ont été effectués pour écarter la possibilité de maladies « plus grave » mais rien, ou très peu n’a été fait pour comprendre l’origine des troubles digestifs.

Comme son nom l’indique, le syndrome de l’intestin irritable est un ensemble de symptômes qui varient selon les personnes.

Les symptômes sont des signaux envoyés par le corps pour dire qu’il y a quelque chose qui cloche.

 

Pour comprendre, prenons l’exemple des poupées russes.

La poussée « externe », celle que l’on peut voir, représente l’ensemble des symptômes typiques du SII.

Ces symptômes ne sont que ce que l’on peut voir, il faudra ensuite ôter les poupées une à une jusqu’à arriver à avoir la dernière poupée, soit la cause (ou les causes) profonde(s).

Retirer poupée par poupée jusqu’à ce que l’on trouve la/les cause(s) profonde(s) prend du temps et nécessite une approche individualisée et globale.

Par exemple, soigner la constipation à coup de laxatifs peut certes, masquer le symptôme, mais ne résoudra pas le problème.

Les causes d’une constipation sont multiples, et l’hypothyroïdie (qui a elle-même des causes profondes) en est une.

L’hypothyroïdie est un trouble que je rencontre très souvent au sein de ma patientèle majoritairement féminine.

Ce trouble est encore sous-diagnostiqué, malgré le fait qu’il est très reconnu dans le monde de la micro nutrition et médecine fonctionnelle.

Note : les informations que vous allez lire ne peuvent en aucun cas servirent de diagnostic. Le sujet est complexe et cet article n’est qu’un bref résumé de ce phénomène touchant un grand nombre de personnes. Si vous souhaitez aller plus loin, vous trouverez en bas de l’article quelques références et vulgarisations scientifiques.

Dans cet article je me focalise principale sur l’hypothyroïdie qui est le plus commun, mais l’hyperthyroïdie existe aussi.

La thyroïde & ses hormones

La thyroïde est une glande en forme de papillon située au dans la gorge. Son nom vient du Grec thyreos, signifiant bouclier, ce qui lui va à merveille.

La thyroïde est un organe fabuleux extrêmement sensible au moindre changement du corps :

La thyroïde est une glande endocrine. Une glande endocrine est un organe sécrétant des hormones, ces messagers délivrant des informations à leurs organes cibles. Les glandes surrénales, le pancréas, les ovaires et testicules sont également des glandes endocrines

Aussi lorsque que la thyroïde n’arrive plus à fonctionner de manière optimale, la question n’est pas «Comment booster (ou faire ralentir) ma thyroïde ? » mais plutôt « Pourquoi ma thyroïde fonctionne au ralenti et tire la sonnette d’alarme ?» .

La thyroïde fait partie d’un complexe incluant d’autres organes.

La sécrétion des hormones thyroïdiennes par la thyroïde dépend de la libération de la TRH par l’hypothalamus agissant sur l’hypophyse qui va à son tour libérer de la TSH.

La thyroïde va alors stimuler la TPO (enzyme)  pour utiliser l’iode nécessaire à la création des hormones T3 (triidothyronine, composée de 3 molécules d’iode) et T4 (thyroxine, composée 4 molécules d’iode).

Fromage (4)

Seule la T3 est active. La T4 doit donc être convertie en T3. Cette conversion est réalisée par une enzyme, la 5-déiodinase qui va venir ôter une molécule d’iode à la T4.  

La T3 pourra ensuite entrer dans les cellules et activer nos mitochondries, nos petites usines d’énergies présentes dans chacune de nos cellules.

Définition de l'hypothyroïdie

L’hypothyroïdie est un état pathologique où les hormones thyroïdiennes sont produites en trop petites quantités et/ou lorsque ces hormones ne parviennent pas à effectuer leurs effets au niveau des cellules.

Signes & symptômes de l'hypothyroïdie

La thyroïde est un véritable chef d’orchestre régulant l’équilibre du corps.

Si elle fonctionne au ralentie, l’ensemble du corps ralenti (à l’exception du poids).

Les symptômes sont donc très nombreux et variés (liste non exhaustive) :

  • Fatigue, surtout le matin
  • Constipation
  • Sensation d’avoir toujours froid, extrémités froides
  • Ralentissement du processus de cicatrisation
  • Cheveux cassants
  • Peau sèche
  • Visage gonflé au réveil
  • Manque de production d’acide chlorhydrique (acide de l’estomac)
  • Prise de poids ou incapacité à en perdre malgré une hygiène de vie adaptée
  • Baisse de la libido
  • Diminution de la concentration

Les symptômes de l’hypothyroïdie sont nombreux et pas très spécifiques (on peut être fatigué pour de nombreuses raisons). Toutefois, cumulés et accompagnés de dosages sanguins (TSH, T3 et T4 libres au minimum) correctement interprétés (les normes labo sont différentes des normes santé), l’hypothyroïdie est facilement repérable.

Hypothyroïdie & digestion

Les hormones thyroïdiennes sont indispensables à une bonne digestion, et l’hypothyroïdie va impacter cette digestion à plusieurs niveaux

Estomac & hypothyroïdie

Les hormones thyroïdiennes sont vitales à la production d’acide chlorhydrique (HCl). Avoir suffisamment d’acide est primordial pour bien digérer et garder le microbiote sous contrôle.

La digestion est un travail à la chaine : si l’une des étapes n’est pas correctement réalisée, c’est l’ensemble du processus qui part en vrille.

Un manque d’acide peut induire une sensation de lourdeur, des ballonnements, des troubles du transit, des gaz en quantité excessive …

Pour couronner le tout, un manque d’acide chlorhydrique empêche la transformation d’iode alimentaire en iodure de potassium absorbable, favorisant la carence en iode. L’iode étant l’un des matières premières des hormones thyroïdienne, en cas de déficit, le risque d’hypothyroïdie augmente.

Intestin & hypothyroïdie

Pour rappel : manque d’hormones thyroïdienne = ralentissement général. Aussi, en cas d’hypothyroïdie, le péristaltisme (mouvements intestinaux) ralenti, et le transit aussi.

Cela va avoir 2 conséquences directes :

Un intestin qui n’est pas en grande forme ne va pas assimiler correctement  les micronutriments. Cette mauvaise assimilation va favoriser les carences en zinc, B12, sélénium, vitamine A etc. qui sont des cofacteurs essentiels au bon fonctionnement thyroïdien

Lien entre SIBO & hypothyroïdie

Des études ont  reporté que le SIBO (prolifération de bactéries au niveau de l’intestin grêle) semble  être présent chez plus de 50% des personnes atteintes d’hypothyroïdie.

Une étude menée chez 50 personnes atteintes d’hypothyroïdie d’origine auto-immune a montré que 27 (54%) d’entre elles étaient positives au SIBO. A l’inverse, seules 2 personnes sur 40 (2%) du groupe contrôle ont été testé positives.

Les personnes positives au SIBO avaient des troubles digestifs (inconfort abdominal, flatulence, ballonnements) beaucoup plus marqués que les autres.

Suite à un traitement antibiotique (rixafimin), les troubles digestifs des personnes ayant un SIBO ont diminué de manière significative.

Aussi, les études suggèrent que les personnes ayant des troubles digestifs et des signes d’hypothyroïdie devraient être testées pour vérifier l’hypothèse  d’une prolifération microbienne dans l’intestin grêle (Lauritano et al., 2007; Patil, 2014).

Dans la même idée, en cas de SIBO associé à des signes d’hypothyroïdie qui persistent, un bilan thyroïdien correctement interprété est vivement conseillé.

En fonction des causes identifiées, un protocole de soutien des fonctions thyroïdiennes (mais pas que) sera proposé de façon individualisée.

Schéma simplifié présentant l’impact d’un déficit d’hormones thyroïdienne sur la digestion et le SIBO

Schéma présentant par quels mécanismes l’hypothyroïdie peut mener au SIBO et vice-versa

La thyroïde produit également de la motilin, ne hormone qui stimule le Complexe Migrant Moteur, notre « balai intestinal » permettant le « nettoyage » de notre intestins en phase de digestion (se déclenche environ 3 h après un repas).

Foie, vésicule biliaire & hypothyroïdie

L’hormone T4 est convertie par une enzyme, la 5′- désiodinase, en T3 dans le foie et à l’intérieur des cellules des organes concernés. Aussi, pour qu’il ait une quantité suffisante de T3 dans l’organisme, il faut que le foie effectue correctement le processus de transformation T4 en T3.

Le foie est l’un des organes émonctoires, c’est-à-dire qu’il participe à la gestion des déchets de notre corps. Le foie sécrète de la bile qui a un rôle antimicrobien et permet de réguler le pH dans l’intestin. La bile permet également d’éliminer les déchets.

Un ralentissement des fonctions thyroïdiennes va perturber cette gestion des déchets, « surchargeant » ainsi le foie. L’activation des hormones thyroïdiennes au niveau de foie sera diminuée, favorisant l’hypothyroïdie. C’est le début d’un cercle vicieux.

Ce phénomène sera d’autant plus aggravé par un transit ralenti.

La T3 agit également sur la sécrétion biliaire. La bile est un liquide visqueux, de couleur jaune ou verdâtre et produite par le foie. Elle est stockée dans la vésicule biliaire et est déversée au niveau du duodénum (première
partie de l’intestin grêle) au moment de la digestion. La bile permet de diminuer le pH (l’’estomac étant plus acide que l’intestin) et joue un rôle antimicrobien. La bile participe à la digestion des graisses et à l’absorption
des vitamines liposolubles : A, D, E et K.

En cas de bile de « mauvaise qualité », les graisses seront moins bien absorbés, ce qui peut 1) induire des troubles digestifs, mais aussi 2) des déficits en vitamines liposolubles, aggravant l’hypothyroïdie par manque de cofacteurs.

La T3 est également nécessaire à l’utilisation du cholestérol. En cas de déficit, le cholestérol s’accumule et ne pourra d’ailleurs pas être utilisé pour produire des hormones stéroïdiennes telles que les hormones sexuelles.

Dysbiose & hypothyroïdie

Le microbiote peut influencer les fonctions thyroïdiennes par plusieurs moyens (Fröhlich & Wahl, 2019) :

  • Il régule la dégradation et l’assimilation de l’iode
  • Il régule l’assimilation du sélénium et du fer
  • Il participe à l’activation des hormones T4 en T3

En cas de dysbiose (déséquilibre des espèces microbiennes), deux phénomènes majeurs vont affecter le fonctionnement thyroïdien :

  • La conversion de l’hormone T4 en hormone T3 sera amoindrie
  • En cas de dysbiose de flore de putréfaction, les bactéries vont utiliser la tyrosine. La tyrosine est, avec l’iode, l’une des matières premières des hormones thyroïdiennes. Si manque de tyrosine → carence en T4 → hypothyroïdie

Conclusion

En résumé, la thyroïde impacte la digestion, et la digestion affecte le fonctionnement thyroïdien.

Les causes favorisant une hypothyroïdie sont nombreuses, et qui dit multiple causes, dit multiples solutions !

La question : est-ce les problèmes digestifs qui ont favorisés l’hypothyroïdie ou l’inverse? n’est pas facile à répondre.

Un protocole détaillé et individualisé proposé par votre professionnel de santé devra prioriser ce qui semble être le plus problématique dans votre situation.

J’espère que cet article vous a plu et vous aide à comprendre que lorsque l’on a des troubles digestifs, il faut parfois dé-zoomer et s’assurer que les autres organes de l’organisme fonctionnent de façon optimale.

 

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