L’intolérance à l’histamine pourrait-elle expliquer vos symptômes?

On estime que 20% de la population souffre de façon chronique  de symptômes intestinaux (1). Une fois avoir reçu le diagnostic du syndrome de l’intestin irritable (SII), la possibilité de suivre un régime pauvre en FODMAPs est souvent abordée.

 

Bien que le régime pauvre en FODMAPs soulage 3 personnes sur 4, 25% des personnes suivant cette méthode continueront à avoir des symptômes affectant leur qualité de vie (données de la Monash).

 

Les FODMAPs ne sont pas les seuls « coupables ». D’autres composants peuvent induire des symptômes chez les personnes sensibles.

 

Une méta-analyse (étude de plusieurs études) ne reporte aucune évidence connue à ce jour sur l’efficacité d d’un régime pauvre en histamine chez les personnes atteintes du SII (2).

 

En revanche, l’intolérance à l’histamine existe bien et certains symptômes peuvent mettre sur la piste.

 

Voyons dans cet article ce qu’est l’intolérance à l’histamine, ses symptômes, son diagnostic et son traitement.

 

Qu’est-ce l’histamine

L’histamine est une substance sécrétée naturellement par notre organisme (principalement par les mastocytes). Elle fait partie des Amines (cf RPAH diet).

L’histamine a de nombreux rôles (induit la sécrétion d’acide chlorhydrique, est un neurotransmetteur), mais sa fonction principale est immunitaire. Si vous souffrez d’allergies saisonnières, il y a fort à parier que vous avez déjà pris des antihistaminiques.

 

 

L’histamine déclenche tout un processus d’inflammation ayant pour but d’alerter notre corps en cas d’infection pathogène ou d’allergène. Une fois que l’histamine a fait son job, des enzymes (la diamine oxidase (DAO) au niveau digestif, ou la HNMT (N-methyltransferase) )vont venir dégrader cette histamine afin d’éviter qu’elle s’accumule dans notre corps. (3)

 

Nos entérocytes (=cellules de la paroi intestinale) synthétisent également de l’histamine (1) Au niveau du tube gastro-intestinal, l’histamine aurait 3 fonctions majeures :

  • Modulation de la motilité intestinale (=temps de transît des aliments)
  • Stimulation de production gastrique
  • Altération de la sécrétion ionique de la muqueuse

L’histamine est également présente dans certains aliments.

 

 

Intolérance à l’histamine, de quoi parle-t-on vraiment ?

L’intolérance à l’histamine est une déficience en diamine oxydase (DAO) (1).

 

Telle l’intolérance au lactose, si vous ne sécrétez pas suffisamment cette enzyme, alors 1) l’histamine présente dans les aliments ne peut pas être absorbée correctement(1), et 2) l’histamine sécrétée pour stimuler notre système immunitaire ne sera pas dégradée.

 

iré de Histamine, Histamine
intoxication ad intolerance.

Environ 1% de la population serait intolérante à l’histamine (étude de 2004)(4)

 

Comment savoir si vous êtes intolérant à l’histamine ?

Le diagnostic clinique de l’intolérance à l’histamine est difficile, et l’anamnèse (entrevue) menée par le praticien de santé est la principale façon de diagnostiquer l’intolérance à l’histamine (1). À noter toutefois qu’une prise de sang montrant un taux bas de DAO (<10U/mL) permet de supporter le diagnostic (1).

 

La prévalence et le type de symptômes que vous expérimentez peuvent mettre sur la piste de l’intolérance à l’histamine, une fois avoir écarté la possibilité de maladies telles que les MICI ou la maladie cœliaque, et la présence d’allergies alimentaires.

 

Pour vérifier cette hypothèse, un régime pauvre en histamine sera mis en place dans la majorité des cas (14 à 30 jours d’élimination suivie d’une phase de réintroduction). Une supplémentation en DAO pourra également être proposée par votre médecin.

 

Contrairement au régime pauvre en FODMAPs, l’alimentation pauvre en histamine est simple à suivre. Elle n’est pas couteuse et permet d’obtenir une amélioration nette des symptômes chez les personnes intolérantes.

 

 

L’histamine dans l’alimentation

En temps normal, l’ingestion de petite quantité d’histamine ne pose pas de problème (1). Un excès d’histamine est toxique et est connu sous le nom d’intoxication scombroïde (5)

 

Si certains aliments sont naturellement riches en histamine, d’autres induisent une libération d’histamine ou bloquent la production de DAO.

 

La teneur en histamine des aliments est souvent inconnue, et varie selon la géographie, la maturité, le temps de stockage et le degré de transformation de l’aliment. (1, 4) Cela permet d’expliquer pourquoi les niveaux de tolérance sont uniques et varient chez les individus (1).

 

Cependant, certains aliments sont connus pour être riches en histamines, et devraient être évités en cas d’intolérance. C’est le cas de produits fermentés type fromages, vin, chou à choucroute (de nombreuses bactéries et levures étant capable de sécréter de l’histamine), ainsi que la tomate, l’aubergine et les épinards (4, 5).

 

La teneur en histamine des aliments augmente au cours du temps (dû à la production en histamine des bactéries). C’est pourquoi un plat consommé plusieurs jours après avoir été cuisiné sera plus riche en histamine que le jour même.

 

Voici les aliments les plus riches en histamine

 

Cliquez ICI pour agrandir l’image

 

Les agrumes, la papaye, les fraises, l’ananas, les prunes, les oléagineux, les cacahuètes, les tomates, les épinards, le chocolat, les poissons & crustacés, le porc, le blanc d’œufs, certains additifs et épices et la réglisse auraient la capacité de libérer de l’histamine (4, 5).

 

Certains aliments (agrumes, champignons, soja, banane et les oléagineux) qui a priori ne contiennent pas d’histamine pourraient toutefois induire des symptômes de par leur teneur en biogéniques amines (putrescine et cadavérine). Ces substances entreraient en compétition avec la DAO et inhiberaient la dégradation d’histamine (si cette dernière est présente en quantité significative) (5).

 

 

Traitement

Bien que le taux sanguin de DAO ne soit pas corrélé avec l’activité enzymatique intestinale, il a été démontré qu’une alimentation pauvre en histamine permet de faire remonter ce taux  chez les patients intolérants à l’histamine. De plus, des études chez les souris ont montré que lorsqu’on administre directement du DAO dans la lumière intestinale (=dans les intestins), était un traitement efficace pour les désordres intestinaux générés . (1)

 

Aussi, suivre un régime pauvre en histamine est le principal « traitement ». Une supplémentation en DAO peut être envisagée, mais aucun dosage n’est à ce jour établi.

 

Les symptômes de l’intolérance à l’histamine

Une étude cherchant à évaluer les symptômes de l’intolérance a l’histamine a montré que le symptôme le plus commun était les ballonnements (90% des cas), suivi de sensation de satiété postprandiale précoce et les diarrhées (>70% des cas), douleurs abdominales (>65%) et la constipation (55%) (6).

 

Les symptômes ne sont pas que digestifs (4). C’est d’ailleurs les symptômes extra-digestifs qui peuvent mettre sur la piste d’une intolérance à l’histamine.

 

Pourquoi les symptômes ne sont-ils pas uniquement digestifs ?

Nous possédons des récepteurs à l’histamine dans de nombreux organes (3, 7) :

Localisation Récepteur : Fonction de l’histamine
Cellules immunitaires

Entérocytes

H1 Fonction dilatatrice

Régulation de l’appétit et apport hydrique

Modulation des sensations viscérales (douleur)

Entérocytes

Cellules immunitaires

Estomac

H2 Influence la sécrétion d’acide chlorhydrique

Contrôle de la contraction et motilité intestinale

Cerveau H3 Rôle de neurotransmetteur (sommeil, appétit, comportement)
Moelle épinière et leucocytes (type de récepteurs également présents dans le colon, foie, poumons, rate…) H4 Propriétés immuno modulatrices

Impact sur la contraction et motilité intestinale

Modulation des sensations viscérales (douleur)

 

C’est pourquoi les symptômes de l’intolérance à l’histamine sont variés.

 

Tiré de Histamine intolerance: the current state of art (5) Agrandir l’image

 

Un questionnaire standardisé (1)  destiné aux praticiens de santé a été conçu. Les symptômes sont classés en 4 catégories :

  • Gastro-intestinal (douleur abdominale, ballonnements, diarrhée, constipation, nausées, sensation de brulure, crampes menstruelles…)
  • Cutanés (psoriasis, eczéma…)
  • Cardio-vasculaire (maux de tête, vertige, palpitation..)
  • Respiratoire (nez qui coule, asthme, congestion)

 

 

Pourquoi peut-on être intolérant ?

L’origine du déficit en DAO menant à l’intolérance à l’histamine n’est pas complètement comprise, mais la cause génétique semble être l’une des raisons (1) (mutation génétique du gène MTHFR).

 

Certaines pathologies affectant la muqueuse intestinale (maladie cœliaque ou MICI par exemple)  et donc le déficit en DAO restent  la cause la plus plausible (et encore plus si elles sont associées à une prédisposition génétique)(4). L’effet de certains médicaments inhibiteurs de la DAO contribue également à cette mauvaise production enzymatique (1).

 

La dysbiose, et notamment un SIBO est un facteur contribuant au développement de l’intolérance à l’histamine.

 

Que retenir

  1. L’intolérance à l’histamine est à différencier des allergies alimentaires (l’histamine sera sécrétée en grande quantité en cas d’ingestion d’un aliment auquel vous êtes allergique, mais est ensuite dégradée par l’organisme et les symptômes ne sont pas la cause de son accumulation).
  2. Il est indispensable de vérifier que vous ne souffrez pas d’une maladie type maladie cœliaque, MICI, infection à pylori.. avant d’explorer la piste de l’intolérance à l’histamine.
  3. Comme toute intolérance, il sera important de déterminer vos seuils de tolérance afin de conserver une alimentation la plus variée possible, tout en restant asymptomatique.

 

L’intolérance à l’histamine semble jouer un rôle beaucoup plus important vis-à-vis des troubles digestifs que ce l’on a pu anticiper jusqu’alors, et son existence est fréquemment sous-estimée, ou ses symptômes mal interprétés (1, 4)

 

L’usage d’antagonistes aux récepteurs  à l’histamine mérite d’être pris en considération dans le cadre du SII (7), mais l’alimentation (boisson comprise) pauvre en histamine permet de soulager efficacement les symptômes (4, 5).

 

Les futures recherches permettront surement de « populariser » cette condition et d’offrir un accompagnement de qualité (7).

 

Si vous pensez être concerné.e (ou si vous songez à l’un de vos proches), alors je vous invite à en parler à votre médecin ou à me contacter.

 

 

Références

  1. Schnedl WJ, Enko D. Histamine Intolerance Originates in the Gut. Nutrients. 2021;13(4):1262.
  2. Werlang ME, Palmer WC, Lacy BE. Irritable bowel syndrome and dietary interventions. Gastroenterology & hepatology. 2019;15(1):16.
  3. Dr. Becky Campbell. The 4-phase Histamine Reset Plan, Getting to the Root of Migraines, Eczema, Vertigo, Allergies and More: Page Street Publishing Co.; 2019.
  4. Maintz L, Novak N. Histamine and histamine intolerance. The American journal of clinical nutrition. 2007;85(5):1185-96.
  5. Comas-Basté O, Sánchez-Pérez S, Veciana-Nogués MT, Latorre-Moratalla M, Vidal-Carou MdC. Histamine intolerance: The current state of the art. Biomolecules. 2020;10(8):1181.
  6. Schnedl WJ, Lackner S, Enko D, Schenk M, Holasek SJ, Mangge H. Evaluation of symptoms and symptom combinations in histamine intolerance. Intestinal research. 2019;17(3):427.
  7. Fabisiak A, Włodarczyk J, Fabisiak N, Storr M, Fichna J. Targeting histamine receptors in irritable bowel syndrome: a critical appraisal. Journal of neurogastroenterology and motility. 2017;23(3):341.

 

 

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