Régime FODMAP, pourquoi, pour qui ?

Si vous ne savez pas ce qu’est le régime FODMAP, je vous invite par commencer à lire cet article.

Vous savez en quoi consiste ce régime ?

Parfait, voyons maintenant dans quel contexte ce régime a été élaboré et s’il peut vous bénéficier.

 

Le contexte

Pendant longtemps, les patients souffrants de troubles gastro-intestinaux ont reconnu que certains aliments pouvaient déclencher et/ou aggraver, leurs symptômes (gaz, diarrhée, ballonnements abdominaux, et inconfort).

Les « coupables » principaux étaient (et sont toujours): le lait et autres produits laitiers, les légumineuses, les légumes crucifères, certains fruits, et les céréales, en particulier le blé et le seigle.

Les médecins et diététiciens ont recommandés aux patients se plaignant de ballonnements et gaz excessifs d’éviter ces « aliments producteurs de gaz » pendant longtemps, mais sans avoir de protocole précis et sans que cela soit scientifiquement prouvé.

Grace aux progrès scientifique et technologique, les composants de ces aliments qui n’ont en apparence aucun lien, ont pu être mis en relation.

Aussi, la malabsorption des glucides a été reconnue comme causant des diarrhées, des douleurs et des ballonnements. Cette malabsorption et a été par la suite, impliquée comme cause des symptômes du syndrome du côlon irritable (SCI).

 

  • Le lactose

Le lactose est le sucre de lait. Afin de pouvoir être digéré et absorbé, une enzyme, la lactase, est nécessaire.

Le déficit congénital (=inné) en lactase a été rapporté pour la première fois en 1959. L’intolérance au lactose due à un déficit en lactase survenant à l’âge adulte n’a été décrite que 6 ans plus tard.

Il est facile de savoir si vous êtes intolérant au lactose. Un simple test respiratoire mesurant les taux d’hydrogène (gaz) expirés suivant l’ingestion d’une boisson au lactose, donne des résultats clairs et précis.

Les régimes sans lactose sont devenus une stratégie diététique pour les patients atteints de SCI, mais n’ont malheureusement pas eu un impact majeur sur les symptômes dans l’ensemble.

Dans ma pratique je remarque souvent que les patients « savent » déjà qu’ils sont intolérants au lactose. En revanche, être intolérant au lactose ne veut pas dire qu’il soit nécessaire de se priver de produits laitiers. Certes, les produits laitiers ne sont pas indispensables et sont pro-inflammatoires dans la majorité des cas, mais même en ayant un déficit en lactase vous pouvez en consommer jusqu’à un certain seuil (appelé seuil de tolérance).

 

 

Je me suis moi-même auto-déclarée intolérante au lactose. Si je bois en verre de lait je peux vous assurer que dans l’heure qui suit j’aurai besoin de toilettes, et vite ! Pourtant, je peux manger des yaourts ou des fromages sans avoir de symptômes. Vous pouvez faire le test respiratoire si vous souhaitez avoir un diagnostic, mais bien souvent, l’observation des réactions de son corps suffit.

 

  • Le fructose et le sorbitol

Le fructose, le sucre majeur des fruits, a été déclaré coupable suite à une expérience mené chez 4 patients. Ces patients ont vu leurs symptômes (diarrhées et coliques chroniques) disparaitre suite à un régime sans fructose.

En 1988, on observe que de nombreux enfants développent des troubles digestifs suite à l’ingestion de jus de fruits. Le terme « diarrhée de fruit‐jus » nait alors. (1)

La malabsorption au fructose devient de plus en plus reconnue.

 

 

Attention ! L’absorption du fructose dépend de celle du glucose (un autre sucre simple). Nous ne sommes pas tous égaux et les doses tolérées de fructose en excès par rapport au glucose varient selon les individus. La malabsorption au fructose n’est pas un problème de déficit enzymatique. Elle s’exprimera de façon plus ou moins forte selon la composition totale du repas.

 

  • Les oligosaccharides

La réponse symptomatique aux fructo‐oligosaccharides qui étaient utilisés comme édulcorant a été rapportée en 1987. De multiples études ont suivi.

Les GOS ont commencé à être utilisé comme prébiotiques en 1990. Dès lors, des personnes ont rapporté avoir des symptômes gastro-intestinaux. Les GOS ont donc été incriminé comme inducteurs de symptômes. (1)

 

  • Les fructanes

En 2006, la restriction du fructose et des fructanes dans un régime alimentaire bien structuré et défini spécifiquement pour les patients atteints de SII et de malabsorption de fructose a donné un soulagement pour les symptômes intestinaux chez 76% des patients (1).

 

  • Les polyols

Les polyols sont des sucres alcools tels que le mannitol et le xylitol. Ils ont longtemps été utilisés comme édulcorants dans la fabrication d’aliments, et le sont d’ailleurs encore aujourd’hui. C’est dans les années 1960 que leur capacité à induire des symptômes intestinaux a été bien documentée dans les études de sucre de Turku (2).

Les effets additifs avec le fructose et le sorbitol sur des symptômes ont été rapportés pour la première fois en 1982. (1)

 

Mise en relation des données

L’ensemble de ces observations parfois soutenus par des études scientifique a mené les chercheurs à une hypothèse : l’amélioration des symptômes permise grâce à l’éviction de ces sucres serait liée à un effet physiologique (distension du lumen intestinal par la production d’eau et/ou de gaz).

Tous les glucides à chaînes courtes qui sont lentement absorbés ou indigestes dans l’intestin grêle, ont été inclus car ils ont tous eu des effets physiologiques similaires.

De plus, il y a un véritable l’effet « cocktail ». Si ces sucres sont ingérés en même temps, les symptômes sont encore plus forts. Une restriction de l’ensemble de ces sucres permet une amélioration nette des symptômes chez les patients dotés d’une hypersensibilité viscérale.

 

 

Création de l’acronyme

La création d’un acronyme pour décrire ces glucides à courte chaîne était nécessaire. D’une part parce qu’il n’y avait pas de terme collectif qui les englobait, mais également car à l’époque, seul le fructose était souvent l’unique sucre considéré. (1)

C’est dans ce contexte qu’en 2004, les chercheurs de la Monash Université dont faisaient partie les Dr Sue Shepherd et Dr Gisbon, se sont mis d’accord sur le terme Oligosaccharides fermentables, Disaccharides et Monosaccharides et Polyols (FODMAP). Fallait-il encore que ce terme soit approuvé par la communauté scientifique et le large public!

C’est grâce à une étude publiée dans Alimentary Pharmacology and Therapeutics, faisant l’hypothèse que le régime FODMAP serait approprié pour la maladie de Crohn, que le terme FODMAPs a été mondialement étendu. (3)

Depuis, de nombreuses études visant à déterminer plus précisément le mode d’action des FODMAPs, mais aussi à l’analyse des aliments et l’élaboration des seuils qui définissant une portion pauvre en FODMAPs, à la création d’outils d’évaluation, d’identification des risques potentiels,  et les contextes d’applications ont été mené.

Une application visant à aider les personnes menant le régime a été mise au point en grande partie  par Jane Muir.

 

En France

Le régime FODMAP est mondialement connu aujourd’hui. En France, Les professionnels de santé commencent à se former à ce régime. La majorité des ressources étant principalement en anglais, le régime FODMAP reste malheureusement, assez peu connu du large public.

 

 

 

Pour qui ?

Il est estimé que 70 à 80% des personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable (connu également sous les noms de côlon irritable ou colopathie fonctionnelle), voient leurs symptômes diminués voire disparaitre suite à l’éviction des FODMAPs.

C’est dans ce contexte que le régime FODMAP est le plus largement indiqué.

 

Le régime FODMAP peut également être conseillé pour diverses pathologies.

 

  • Maladie coeliaque

Il est important de rappeler que seule l’éviction totale du gluten à vie est l’unique traitement en cas de maladie cœliaque. Néanmoins, même en suivant une alimentation sans gluten, il possible d’expérimenter toujours des symptômes digestifs. Dans ce cas, suivre un régime FODMAP pourra soulager et mettre en avant les aliments pauvrement tolérés.

Bien que les aliments et préparations sans gluten sont (généralement) sans blé, tous ne sont pas pauvres en FODMAPs.

Si tel est votre cas, veillez demandez l’avis d’une diététicienne. Cela permettra 1)  de s’assurer qu’il n’y aucune traces de gluten dans votre alimentation 2) de déterminer si l’alimentation pauvre en FODMAPs est appropriée 3) de choisir les bons compléments nécessaires à votre santé intestinale et globale.

 

  •  Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin MICI

En phase de poussées, il est conseillé aux personnes ayant la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique, d’adopter une alimentation pauvre en  fibres et/ou riche en protéines et énergie.

Si vous souffrez d’une MICI et que vous respectez les conseils diététiques et comportementales donnés par votre médecin ou diététicien, mais que vous expérimentez toujours de nombreux troubles digestifs, alors le régime FODMAP pourra aider.

Selon le Dr Shepherd, les personnes ayant une MICI sont plus touchées par le malabsorption au lactose et/ou tolèrent moins les excès de fructose que la moyenne. (4)

 

  • Dyspepsies fonctionnelles

En cas de constipation ou diarrhées chroniques autres que celles vécues lors du SII, le régime FODMAP peut aider.

 

  • En pédiatrie

Le régime FODMAP peut être conseillé chez certains enfants dans un contexte particulier. Le suivi par un professionnel de santé est indispensable car les risques de déficits et de carences sont accrus.

 

 

 

Que retenir ?

Le régime FODMAP est relativement récent mais de plus en plus de ressources sont disponibles.

Ce régime peut être mis en place suite au diagnostic du SII ou d’autres maladies induisant des symptômes gastro-intestinaux (SIBO, candidose, MICI….). Il ne se suffit généralement pas à lui seul. Une modification de l’hygiène de vie ainsi qu’une régénération intestinales sont bien souvent nécessaires en parallèle.

Au vue de sa complexité et des risques qu’il peut engendrer, il est vivement conseillé d’être suivi par un professionnel de santé spécialisé.

 

*

 

Si vous souhaitez être accompagné, vous pouvez prendre rendez-vous (consultation à distance). Je prépare également un programme d’accompagnement qui sera disponible d’ici fin 2020.

 

 

Sources

(1) Peter R Gibson (28 février 2017). History of the low FODMAP diet. Journal of gastroenterology and hepatology.  Disponible: https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jgh.13685

(2) Scheinin A, Mäkinen KK. Turku sugar studies. An overview. Acta Odontol. Scand. 1976; 34 (6): 405– 408.

(3) Gibson PR, Shepherd SJ. Personal view: food for thought‐‐western lifestyle and susceptibility to Crohn’s disease. The FODMAP hypothesis. Aliment. Pharmacol. Ther. 2005; 21: 1399– 1409

(4) Food intolerance management plan, infos complémentaires du livre : http://www.foodintolerancemanagementplan.com.au/food_intolerance_plan_management.html

Images tirées de la formation proposé par la Monash University dédiée aux professionnels de santé.

 

 

 

 

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